5th Aug 2014

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    1. La journée de travail a été plutôt bonne, tu as dépoté une chronique - toujours cette sourde colère que la part rédactionnelle du travail ne soit pas payée -, aucun client n'a été trop pénible, la pause déjeuner t'a permis d'écrire presque avec efficacité. Bref, ça va, ça peut aller.
      Tu as même eu la seconde chance d'un vélib qu'une jeune femme est venue te déposer comme un ange de Wim pour que tu puisses l'emprunter. Tu vas prendre le RER, tranquille, pour rentrer.

      Et puis soudain tu prends conscience qu'"il" t'accompagnait depuis que ta sortie de la librairie, que ce pli qu'il t'avait fait prendre ("Utilise ton imagination") après t'avoir avoué (en réalité fait croire, mais sur le moment tu y croyais, ces larmes aux yeux qu'il avait) qu'il ne pouvait plus faire l'amour, n'est pas facile du tout à défaire, que ça revient aussi fort chaque fois que tu te crois enfin guérie de lui. Et à l'instant où sa présence toute fictive s'évanouit, c'est le vide absolu de ta solitude : tu n'as plus personne à qui penser.
      (les enfants, l'homme de la maison, les amis, certes, mais toujours soit une distance (chacun sa vie) soit des responsabilités encore à assumer, des reproches à encaisser, toujours des reproches), plus personne de réellement proche à qui penser à égalité, avec qui échanger sur la beauté d'un ciel, dont un message ferait bondir ton cœur, qui accueillerait les tiens avec joie. Plus personne. Tu es désormais trop vieille pour qu'on s'intéresse à toi.
      Alors tu prends une photo de ce que tu vois, ce qui est devant toi à ce moment-là. Au moment d'exister tu t'en souviendras.

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